Un chemin d’enfance.
J’ai refait hier en rêve un chemin de jadis
Un de ceux que gamin, j’arpentais tous les jours
Sentier de gros cailloux, bordé de broussailles
Sentier dont mes genoux gardent des traces sombres. 
Comme une parenthèse entre école et maison
Où j’étais le plus libre, moi le petit garçon 
Où il n’y avait de règle que de faire moisson
De nouvelles expériences et de fortes impressions.
C’était un festival tout au long des saisons 
De tant de découvertes, elles étaient à foison
Que de belles asperges, je cueillais par poignées 
En dépit des épeires, ces jaunes araignées.
Je dévorais les mûres qui pendaient généreuses 
Au bout des longs rameaux des ronces épineuses 
J’attrapais si pouvais tout plein de papillons
Mais aussi bien souvent de très gros hannetons.
Je guettais accroupi, comme un petit indien 
Des lézards verts géants qui sommeillaient tranquilles
Sur les murets de pierre chauffés par le soleil
Et je les capturais au lasso d’une tige.
Je grimpais dans les pins à l’écorce rugueuse
Jusqu’en haut où les nids abondaient en ce temps
J’y voyais tous blottis de petits écureuils 
Quand ce n’étaient parfois de pies, les oisillons.
Il m’est même arrivé d’oublier mon cartable
Au bord de ce chemin ou au pied d’un grand arbre
Je me faisais gronder et j’allais le chercher
Pour faire ces devoirs que le maître donnait.
Depuis longtemps la route a couvert ce chemin
Et lorsque je la prend je revois ces images
Quand tout petit garçon entre école et maison
Je faisais tous ces rêves que l’on fait à cet âge.
Pierre-Jean BOUTET
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