De profundis
Je peux me lamenter sur ces temps difficiles
Sur ceux qui se dessinent ou qui nous assassinent
Hélas je ne crois pas faire oeuvre utile
Seuls les actes seraient de bonne médecine.
Lors n'ayant que mes mots et de belles paroles
Point ne sert de les mettre au service de folles
Espérances déçues avant que d'être nées 
Je préfère chanter ce qu'il reste d'années.
Où le monde est si beau malgré quelques balafres
Où la terre est superbe malgré tout ce qu'on bâfre
Où puis goûter encore jusqu'à m'en enivrer
Tous les trésors offerts qu'elle veut bien livrer.
Plutôt que de lancer mes cris à l'aveuglette
Que clamer mes angoisses, le décompte des pertes
Je m'en vais célébrer tant qu'elles existent encore
Les merveilles dont je jouis par le coeur et le corps.
Un coucher de soleil, le chant de la rivière
Un vol de papillon, un bon verre de bière 
La houle sur le blé, une biche altière 
Le sable, les galets sur la plage en hiver.
Les odeurs de résine, d'une rose pourprée 
Au sein de la cuisine, d'une soupe à l'oignon
Le parfum des glycines, du fruit de la passion
Du lait dans la bassine, du tableau, de la craie.
Des bribes de mémoire d'un monde qui se meurt 
Pour que puissent rêver tous ces enfants d'ailleurs
Qu'ils sachent mes regrets et entendent mes pleurs
Quand tout ça ne subsiste que sur pages en couleurs.
Pierre-Jean BOUTET