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Sans retour
Une fois, une fois seulement, une fois par mégarde 
Je m'y étais risqué sur le quai de la gare
Pour voir partir au loin mes parents que j'aimais
Qui me laissaient derrière et cela à jamais.
Qu'ils m'ont été pénibles autant qu'il m'en souvienne
Ces départs réguliers vers des terres lointaines
J'étais petit alors et ne comprenais pas
Que la vie des parents n'est pas toujours chez soi.
En ce temps j'habitais une grande maison 
Bien entourée de grilles avec gens à foison
C'était mon seul refuge d'où en petit garçon
Je regardais le monde avec plein de questions.
J'avais pris l'habitude de me retrouver seul
Avec pour compagnie de vieilles dames dignes
Elles me faisaient parfois bien attristées des signes
Comme pour consoler cet enfant de son deuil.
Ils ne sont revenus de leur dernier voyage
Seulement quelques mots et restes de bagages
Je n'ai pour souvenir que des photos jaunies
Et la trace de gestes de tendresse infinie.
Cette fois seulement, cette fois par mégarde
J'avais bien accepté d'aller jusqu'à la gare
Pour leur faire ces signes qu'on fait depuis le quai
Pour souhaiter bon voyage à ceux que l'on aimait.
Pourquoi a-t-il fallu que ce soit ce départ
Qui devienne le dernier et sans aucun retard
Quelle fatalité aveugle et injuste
M'a privé de parents ce n'est vraiment pas juste.
Souvent je rembobine ces pauvres événements
J'imagine que je reste chez moi obstinément
Et que comme toujours le train ramènera
Mes deux héros si beaux comme à l'opéra.
Jamais ne remettrai les pieds dans cette gare
Vraiment aucune chance qu'un jour je m'y égare
J'aurai alors trop peur d'y voir qu'il en revient
Un enfant confiant dans le retour des siens.
Pierre BOUTET
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