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Le flot
Sur le radeau de mes nuits mes réveils font escales
Dans les méandres de mes oublis, là où le temps dévale 
Et l'épaisseur ténue du voile de mes songes
Est parfois déchiré comme tissu d'éponge.
A la lueur blafarde d'une aube à peine née 
Ma conscience hagarde qui peu à peu renaît 
Me laisse entrevoir vagues lueurs d'espoir
De faire à nouveau le parcours jusqu'au soir.
Ce qui va émerger de ces flots embrumés 
Reste comme une esquisse exigeant de sécher
Une ombre qui s'en va prétendre exister
Quand le monde autour d'elle continue de tourner.
Sur la grève du jour quand le soleil y pointe
Gisent des corps blêmes desquels l'ennui suinte
On voit dans des couloirs interminables et sales
Errer des files indiennes de zombies improbables.
Sur le tapis roulant des jours qui se succèdent
Je suis comme le flot, toujours indifférent
A peine je m'accroche à quelques mots diamants
Pour voir briller du sens avant que tout ne cède.
Dans le grand sablier où sommes grains de sable
Rien ne peut arriver hormis l'inéluctable
Rien n'y sert de crier ou bien de se débattre
Que le sage y plie, ou le rebelle s'y batte.
Pierre BOUTET
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