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A la baguette…
 
Dans la pièce à côté, un piano en sourdine
Il ne m’en parvient donc que des sons étouffés
Aussi là je fredonne, mon regard est distrait
Un vieil air obsédant qui mon âme taquine ;
 
Je tapote des doigts sur la table encombrée
Par les mille objets que bien partout je sème
Je suis à la recherche au fond de mes pensées
De quelque image reine qui pourrait m’inspirer.
 
Le tic tac d’un réveil vient se joindre à la toile
Et dans ce fond sonore s’ajoutent des klaxons
Des voitures pressées sous les fenêtres ouvertes
L’orchestre est au complet, qui complote à ma perte.
 
Comment se concentrer quand tous ces sons mélangent
Musiques et vacarme en rythmes qui dérangent
Je me prend à songer qu’avec une baguette
Assis sur mon balcon je vais en prendre la tête.
 
Aussitôt je me vois comme un chef d’orchestre
En habit de soirée en train de sa main dextre
Devant un grand parterre qui voit mon dos tourné
De conduire en cadence des joueurs fascinés.
 
Des rampes qui éclairent la scène où on se tient
L’obscurité qui règne sur les fauteuils satin
La musique qui gonfle et reflue tout soudain
Les mains qui applaudissent enfin tout à la fin.
 
Je suis Von Karajan, ou bien Toscanini
Je n’ai plus de limites, ce n’est jamais fini
Je suis ivre de gloire autant que de musique
Je la tiens ma victoire, ne suis plus l’as de pique.
 
Pierre Boutet
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