Un tailleur sans imagination.
Les ans m’ont habillé de nouvelle vêture
Ils disent que cela est plus dans ma nature
Moins sombre et fournie est donc ma chevelure
Quelques plis sur ma peau comme ombres de blessures.
Où est le beau costume qui me faisait fringant
Lorsque j’avais mes dents et pas un cheveu blanc ?
Où sont passés ces muscles qui tendaient ma chemise
À présent c’est la canne qui est plutôt de mise.
Donnez-moi un miroir pour qu’un peu il me mente
Qu’il ne me montre point ce que devient mon ventre
Qu’il brouille cette image que sillonnent les rides
Qu’il chasse sur ma peau ce teint par trop livide.
Que j’aime ce jeune homme tel que j’étais hier
Que j’aime la prestance dont il n’était pas fier
Sa jeunesse insolente il n’en était conscient
Alors que je le sens sur moi le poids des ans.
Le temps est un tailleur sans imagination
Le blanc est la couleur qu’il sert à profusion
Il use d’une étoffe qui fait bien trop de plis
Il n’offre pas de choix, tant pis car c’est ainsi.
Pierre-Jean BOUTET
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