Les ombres

Des lumières et des ombres je n'en compte le nombre

Pas plus qu'autour de moi ce qu'il y a de décombres 
S'il y a des coins clairs je ne vois que les sombres
Combien j'apprécierai avec ce noir de rompre!
Existe-t-il ailleurs un pays de soleil
Où les ombres reculent où elles fuient la lumière ?
S'il est bien quelque part une telle merveille
Montrez moi le chemin, vous en fais la prière.
L'obscurité m'appelle avec elle l'horreur
La haine et la fureur, les mères de terreur 
Comment garder son coeur à l'abri des erreurs
Quand règne ici le sombre au plus près de nos peurs ?
J'aspire à la douceur de ces rais de lumière 
Qui perçaient les volets quand j'étais en enfance
Que ma mère venait sur mon lit dans la chambre
Me chanter des chansons et caresser mon front.
Voila déjà vingt ans le pays est en guerre
Plongé dans le désordre et pétri de souffrances
Prisonnier de ses peurs comme fourmi dans l'ambre
Que ma vie désormais se déroule au front.
Des noirceurs et des ombres je n'en compte le nombre
Pas plus qu'autour de moi tous ces morts qui encombrent
S'il y a un espoir, le cache la pénombre 
Un voile bien trop noir trop épais pour le rompre.
Pierre-Jean BOUTET