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Fossé

Qu'une fois par hasard, qu'elle croise mon regard
Elle verra dans mes yeux comme l'azur est bleu
Qu'un instant elle s'attarde, oui qu'elle me regarde
Je serai si heureux, cet instant d'être deux.
Mais elle vit ailleurs, dans un monde enchanté 
Un monde protégé où le malheur n'a cours
Mais elle est là-haut, au sommet de la tour
Entend elle au moins l'amour que j'ai chanté ?
Je ne suis à ses yeux si tant est que j'existe
Que cet être d'en bas parmi les immondices
Qu'un de ces travailleurs au dedans des machines
Même si elle voulait elle ne peut voir mes signes.
Quant à moi je la vois et sur tous les écrans
Icône inaccessible la voilà qui s'élève 
Ses paroles je bois, tandis qu'elle en planant
Chante au dessus de nous la vie dont tous on rêve.
Deux mondes séparés, deux êtres isolés 
Elle dans son éden, et moi sur les pavés 
Entre dieux et esclaves, il n'y a pas d'enclave
Les uns dans les nuages les autres à la cave.
La déesse est fragile, elle inspire l'amour
Les dieux sont indécents, avec nous ils jouent
Nous sommes imbéciles mais il se peut qu'un jour
Enfin bien réveillés, nous secouions le joug.
Alors quand ma déesse, tombée du haut des cieux
Croisera mon regard, elle verra mes yeux
Elle me regardera, sur un fond d'azur bleu
L'espace d'un instant, nous serons enfin deux.
Pierre BOUTET
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