Nuit de gel
Le vent s'est engouffré comme mille harpies
Entre les deux volets de l'auberge de nuit
La demeure entière tremble sous la morsure
La peur, le désespoir serrent sa devanture.
Le froid à tout saisi dans ses griffes de givre
Les forêts sont figées sous la croûte du gel
Les bêtes sont tapies dans leurs terriers pour vivre
Le temps semble cesser d'avancer la pendule.
Le feu est seule source de chaleur en ces lieux
Se lance avec ardeur à l'assaut de ces ombres
Ses cavaliers de flamme lèchent les poutres sombres
Apportant un répit aux corps des malheureux.
Dehors les craquements sinistres et répétés 
Des pierres éclatées sous pression de la glace
Jouent lugubre musique sur un fond de silence
Des naseaux des chevaux sort un brouillard épais.
Les êtres sont serrés en un magma informe
Cherchent désespérés à se trouver au cœur
Là où seule réside encore quelque chaleur
Le matin trouvera des cadavres qui dorment.
Aux premières lueurs, un soleil illusoire
Voilé par les vapeurs qui s'échappent du sol
Redonnera à ceux qui reprendront leur vol
La possibilité de croire qu'il existe un espoir.
Alors ils reprendront leur course interminable
Vers ces miraculeux déserts couverts de sables
Où ils pourront baigner leurs peaux sous des soleils
Qui font bouillir le sang dans leurs veines vermeils.
Pierre Boutet
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