À mille lieux.
Il s’installe sans tarder au creux de nos jours mornes 
Tout vide il remplit, son emprise est énorme 
On en reste à l’abri pourvu que l’on s’agite
Quand l’agenda est vide, comme il arrive vite.
Pourtant j’aime l’ennui quand il laisse la place
Aux instants immobiles dont jamais ne me lasse
Ces moments si précieux où l’esprit se déplace 
Quand l’action a cessé et n’est plus si tenace.
C’est dans cette béance que j’installe mes mots
Ils deviennent évidence quand je suis au repos
Un autre univers surgit du no man’s land
Celui où moi j’habite si on vous le demande.
L’ennui est mon allié, ce n’est de la paresse 
Il devient créateur si un rien ne l’agresse
Besoin de parenthèses dans ma vie ordinaire 
Celles où je fais appel à plus extraordinaire.
Mon imagination m’offre des plages immenses
Où je couche mes vers en quelques simples gestes
De choses plus concrètes elle ne veut pas du reste
De la réalité elle recherche l’absence.
Dans cet ennui se dressent alors mille miroirs
Dans lesquels se reflètent nos destins dérisoires 
J’aime cette ironie comme ce désespoir 
Qui fait de mes défaites de petites victoires,
Je suis à mille lieux de toute idée de gloire.
Pierre-Jean BOUTET
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