Les vieux carnets.
Que pourrait-il rester au vieillard fatigué ?
Qu’une interrogation, espoir de fin prochaine.
Il lui suffit de voir ses traits ratatinés 
Là-bas dans le miroir, le fauteuil qui l’enchaîne.
A quoi peut-il songer ? À ces rares visites 
Où son cœur ne bat fort, car plus rien ne l’excite,
À tous ces souvenirs qui jalonne l’histoire
D’un homme affalé dans un triste mouroir.
Qui s’intéresse à lui, qui fut pourtant superbe ?
Il se revoit jeune homme, courant vite dans l’herbe
Entouré des enfants, de sa femme aimée 
Mais il se fait du mal, à tout ça ressasser.
Une mouche qui vole constitue un spectacle 
Le tic-tac de l’horloge, sa musique spectrale 
A ce temps qui s’écoule, il n’oppose d’obstacle 
Il trouve que l’attente devient interminable.
Sur quelques vieux carnets, il griffonne pressé 
Des mots, qui sont témoins, qu’il a pu exister
Il laissera ces pages à ceux qui viennent après 
Qui n’en auront que faire, qui pourraient s’en moquer.
Pierre-Jean BOUTET