Dans les bras de la terre.
La pierre a des sanglots en coulées immobiles 
Elle a pris des rides sous les pluies qui ravinent
Grains à grains, goutte à goutte, déjà on y devine
Ces lézardes en elles qui la rendent fragile.
Quand elle fut taillée oh combien régulière 
Les bâtisseurs d’alors étaient jadis si fiers
Elle fut enduite et peinte avec soin, avec art
De ces traces à présent, elle reste bien avare.
Déjà au dessus d’elle, elle les sent branler
D’autres pierres comme elle, pourtant bien ajustées
Colonne qui surgit des ruines dévastées
Dressée comme un i, qu’on aurait oublié.
Des mains se sont posées, au fil des millénaires
Pour caresser, polir ses dentelles de pierre
Tant de fois répétés qu’elle porte au fond d’elle
Tous les vœux exprimés de ces pauvres mortels.
La pierre se souvient et la pierre attend
Plus rien ne la retient, et le souffle du vent
Bientôt la poussera jusque là d’où elle vient
Dans les bras de la terre, où elle se sentait bien.
Pierre-Jean BOUTET
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