Le nombril

Pourtant ce n’est grand chose voyez ce petit creux
Juste la trace qu’on garde d’un paradis heureux
La marque du cordon qui nous y reliait
Lorsque dans la matrice encore on baignait.
Combien ne s’en guérissent de ce qu’ils ont perdu 
Et sans cesse contemplent ce qui hélas n’est plus
Au lieu de regarder le monde autour d’eux
Ils trouvent leur propre être sans doute merveilleux.
Ils croient que c’est le tout quand ce n’est que partie
Ils pensent qu’ils sont tout quand ils sont si petits 
Le nombril est le piège où il ne faut tomber
Il faut faire le siège de ce qui peut tromper.
Se contenter de lui, admirer son nombril
C’est comme si on croyait à un poisson d’avril
Si encore c’était un bijou beau et rare 
Le monde en nombrils n’est pourtant pas avare.
À la rigueur orné, sur le bord, d’un anneau
Et au milieu d’un ventre plat et brun de peau
Il peut être exotique et me charmer les yeux
Mais c’est celui d’une autre, pas le mien c’est bien mieux.
J’en connais qui hélas trouvent ça plus facile
De n’aller pas plus loin que ne vit leur nombril
Ils mènent avec lui de véritables idylles 
Ils sont des Robinsons réfugiés sur leur île.
Pierre-Jean BOUTET
cambredaze.canalblog.com