Déjà ombre.
Ce soir, au crépuscule, 
à l’heure où déjà la chouette hulule
Je ferai mon bagage pour partir dans la nuit
Je fermerai la porte et ce sera sans bruit.
Trouverai- je les mots quand je vais à ma perte
Je tournerai le dos à la fenêtre ouverte
Je ne veux point la voir cette main qui s’agite
Pour me dire reviens, c’est là que tu habites.
Ce soir, quand la nuit tombe
A l’heure où autour toute forme s’estompe,
J’ouvrirai mon cahier et la mine bien sombre
Je t’écrirai ces mots qui seront sur ma tombe.
Pour mon dernier combat, même s’il n’est d’espoir
Je me fondrai au loin dans la lueur du soir
Je serai ce soldat que vite on oubliera
Cet homme, déjà ombre, vite il s’effacera.
Ce soir, ce dernier jour, 
A l’heure où il fera noir comme dans un four
Je lèverai les yeux vers le ciel plein d’étoiles
Des larmes me feront sur la vue comme un voile
Pour ce dernier regard, cette dernière invite
Je remplirai mon âme de ces gens que je quitte
Je suis déjà l’absent dont on ne parle plus
Je ne suis déjà plus qu’un disparu de plus.
Pierre-Jean BOUTET
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