Réhabilitons le cornichon
Il n’a pas l’apparence d’un tout joli bichon
C’est un humble légume appelé cornichon
Malgré ce nom propice à des évocations 
Il n’a pas su d’Eros retenir l’attention.
À celui que l’on aime sans le traiter de con
On préfère lui dire mon pauvre cornichon
Avec dans la voix un peu de compassion
Pour qui hérite d’un titre tourné en dérision.
Souvent à l’origine on parlait du cocu
Lui qui porte des cornes sans en avoir rien su 
On lui colla l’image du légume ventru
Orné hélas pour lui de toutes ces verrues.
Sa place est sans conteste dans un bocal de verre
Baigné dans le vinaigre et les petits oignons
Un régal pour tous ceux sur qui son goût opère 
Et qui avec délice toujours le croqueront.
Moi j’ai dans la rétine des images obsédantes 
De tas de cornichons placés en rang d’oignons
Qui triment à l’usine de façon débordante 
Pour remplir bien la panse de gros et gras cochons.
Il n’a pas mérité de jouir d’autant d’opprobre
Lui qu’on va récolter jusqu’au mois d’octobre
Je veux du cornichon voir le côté mignon
Et l’avaler tout cru avec délectation.
Pierre-Jean BOUTET