La plume et la matrice
Les textes sont enfants qui cherchent une matrice
On croit bien qu’on les fait, mais je crois bien qu’on triche
Ils ont désir de vivre leur ligne directrice
Je pense que c’est eux, en fait, qui nous choisissent.
Ils surgissent de nous comme des flèches vives
Dans ce besoin qu’ils ont, que leur essence vive
La matrice ou la plume seront ces passeports
Par lesquels ils s’incarnent toutes voiles dehors.
Ensuite ils nous échappent, notre rôle est échu 
Dès lors qu’ils ont grandi et qu’ils ont d’autres vues
Alors ils se répandent, pour être lus ou vus
La plume ou la matrice, les ont un peu perdus.
Ils ont leur caractère, qui les feront aimer
Ou ne pèseront guère, que le poids des années 
Il en est de prodiges, comme des ordinaires
La plume ou la matrice jouent rôles secondaires. 
Les textes sont enfants au destin incertain
Il en sera de forts qui n’impressionnent guère 
Et aussi des légers avec belles manières 
Il en est de maudits car c’est là leur destin
À mes enfants à moi, je leur tend tous ma main.
Pierre-Jean BOUTET