Le ruban de satin.
Il est venu un beau matin 
Il avait le type latin
Il tenait fort dedans sa main
Un joli ruban de satin
D’un bleu acier est son regard
De ses sourires il est avare
Il semble avoir le cafard
Il n’est pas non plus très bavard
Il s’est assis à notre table
Ses habits étaient eux minables
Il n’était pas vraiment aimable
Mais il semblait assez capable.
On lui a ouvert notre espace
A cet homme muet qui passe
On lui a donc fait une place
Le temps que les choses se tassent.
Au fil des jours il s’est livré 
Par petits bouts s’est expliqué 
Il avait fui, s’était sauvé 
Sa famille péri avait.
En souvenir de ses amours
De sa fille, le cœur très lourd
Il n’avait pu rien sauver 
Qu’un ruban de satin léger.
Il a parlé de ce pays
Autrefois un vrai paradis
Que la guerre avait détruit
Où il avait laissé sa vie.
On lisait au fond de ses yeux
La douleur de ces jours heureux
La déchirure des adieux
Le désespoir d’être sans eux.
Est arrivé un beau matin
Seul un méditerranéen 
Il serrait très fort dans sa main
Un pauvre ruban de satin.
Pierre-Jean BOUTET
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