Une nouvelle langue.
Écrire sans tomber dans la facilité 
D’expressions toutes faites, d’images trop usées 
Trouver l’association qui frappera l’esprit
En mariant quelques mots, dont vous serez surpris.
Siroter un café au jus d’hellébore
Bercé dans un filet maillé de fines cordes
Par le son assourdi des machines du bord
Et susurrer des ordres, s’ils ne sont pas d’accord.
Où se carapater vers des pays sans lois
Pour y tester des choses, qu’ailleurs exclut le droit
Pour aller y goûter, le sel de l’interdit
Découvrir s’il est fort, autant qu’on vous l’a dit.
Griffonner des poèmes sur des morceaux d’écorce 
Hurler là sous la pluie jusqu’à perdre ses forces
Vivre avec les grands singes, sans prononcer un mot
Boire jusqu’à plus soif, la sève des bouleaux.
Imaginer toujours, ce que d’autres n’ont fait
Faire enfin ce à quoi, personne n’a pensé 
Emprunter des chemins, qu’on est seul à connaître
Défricher quelques voies, que moi seul je pénètre.
Pourtant, pourtant toujours, utiliser ces mots
Les mêmes ou à peu près, que l’almanach Vermot
Il me faut inventer une nouvelle langue
Pour écrire enfin un poème qui tangue.
Pierre-Jean BOUTET
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