Le vieux débarcadère.
Le vieux débarcadère aux planches vermoulues
A gardé de la guerre bien plus qu’il n’aurait du
Dans les fibres gorgées de sel et de saumure 
Dorment encore des balles perdues dans la nature.
Si tu jettes un regard autrement que distrait
Tu verras un pilier d’où saillit très discret
Un bout que l’on dirait de vieux métal rouillé 
La lame d’un couteau, ou d’un sabre brisé.
Qui donc a pu planter cette lame oubliée 
Trace d’une bataille, d’un corps à corps sauvage
Geste désespéré pour ne pas se noyer
D’un marin échappé d’un effrayant naufrage ?
Quand assis sur le quai mon esprit vagabonde
Écoutant le ressac, là sous les pieds qui gronde
Je devine le souffle de cet homme affolé 
Qui déjà sent sa vie prête à s’envoler.
Aujourd’hui tout est calme comme si ce rivage
N’avait jamais connu ces ancestraux ravages
Le sable est si blanc qu’il ne reste plus traces
De tout ce sang versé que l’océan efface.
Le vieux débarcadère en garde seul mémoire 
Il est si vermoulu qu’il n’en crie pas victoire
Peut être que ses fibres ont absorbé les cris
De l’homme qui est venu là à ses pieds périr.
Pierre-Jean BOUTET
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