Enfants prodigues.
Les textes que l’on crée, ne sont-ils des enfants ?
Comme eux au loin ils partent, s’ils ne deviennent grand
Il se peut qu’ils grandissent, au contact des gens
Il se peut qu’ils trahissent, nos espoirs de parents.
Dès lors qu’ils sont écrits, alors ils nous échappent 
Ils ont une vie propre, chez les lecteurs qu’ils happent
Où ils vont s’éveiller, tout au fond des consciences
Ou rencontrer qui sait, totale indifférence.
Les textes qui nous viennent, qui sait ce qu’ils deviennent
On est souvent surpris, des échos qui parviennent
Mais on leur fait confiance, sachant quoiqu’il advienne
Que ce sont nos enfants, qui parfois nous reviennent.
Quelques années après, lorsque on les relit
Étranges ils apparaissent, sortis d’une autre vie
On se demande bien, comment on a écrit 
Ces mots qui nous reviennent, et qui étaient partis.
Les textes issus de nous, qu’on a tracés un jour
Lettres sur le papier, comme des cris d’amour
A qui ils appartiennent, si ce n’est pas à tous
Après tout ils proviennent, de nos désirs j’avoue,
De l’envie du partage, briser la solitude
De cette envie d’échange, c’est une certitude
Du besoin de comprendre, pourquoi on est au monde
Du besoin de saisir, les causes plus profondes,
Les textes qui s’en vont, lâchés depuis nos plumes
Sont comme gouttelettes, jaillissent de peau d’agrume
Elles tombent sous des yeux, qu’elles vont parfois piquer
Et leur parfum léger, viendront vous taquiner,
Vous donner ce plaisir, de partir en voyages
De vous laisser griser, libres de tout bagages
De vous laisser bercer, par leurs meilleurs passages
De rêver vous aussi, d’être un peu moins sages.
Pierre-Jean BOUTET
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