Faux paradis
Les corps sont répandus en un lâche abandon 
Au milieu des coussins et des lourds édredons 
À part de ci de là de rares agitations
Ce ne sont que soupirs, douces respirations.
Des effluves flottent encore qui parviennent aux narines
Charriant de fortes odeurs d’alcool, d’algues marines
De lourds parfums de musc pour masquer ces sueurs
Qui émanent des corps, en fruit de leurs ardeurs.
Le temps semble arrêté, mais ce n’est qu’illusion
Le battant de l’horloge ira au carillon
Ceux qui sont endormis, tard se réveilleront
Et de recommencer bientôt tous rêveront.
De cette nuit d’orgie, où coulent les flacons
De ces sons lancinants que produisent les flûtes
De ces corps ondulants, animés par des putes 
De ce faux paradis, que tous les marins ont.
Après des jours de mer à lutter sur les flots
Dans ce sort réservé aux pauvres matelots
Après ces baquets d’eau et ce sel sur la peau
Après tout ce travail et ces nuits sans repos,
Oublier ses malheurs et cette vie de chien
Soigner un peu son corps et se faire du bien
Se noyer à nouveau cette fois dans le vin
Oublier un moment ce que sera demain.
Pierre-Jean BOUTET
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