Promenade avec Charles
C’était de bon matin et j’allais prendre l’air
Quand me vint à l’esprit des vers de Beaudelaire
« Le Poète est semblable au prince des nuées 

Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. »

Pourtant je ne sentais aucune gêne atroce
Ne me trainant à terre comme fait l’albatros
Je me sentais plutôt léger et aérien 
Comme se doit de l’être chaque jour un zinzin.
Je poursuivis ma route, quand même tracassé
Par les mots de ce Charles qui m’avaient traversés 
« Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux. »
 
Je n’ai de la beauté opinion si tranchée 
Celle de l’ami Charles paraît bien tourmentée 
C’est plus à l’amitié que je sacrifierais 
Comme se doit de faire un zinzin assuré.
 
La tête un peu ailleurs malgré ce qui m’entoure
D’autres vers du poète arrivent à leur tour
« Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon coeur,

Que j'ai puni sur une fleur
L'insolence de la Nature. »

 
Sans doute la gaieté que m’offre la nature
Moi ne m’incite pas à pareille aventure
J’en ai le clame fort le plus profond respect
Comme chaque zinzin, pour ce que moi j’en sais.
 
Alors si l’ami Charles parvient à me charmer
Il tient bien des propos qui peuvent désarmer 
Jamais pour moi n’irai pour le choix de la rime
À faire s’accorder le sublime et le crime.
 
Pierre-Jean BOUTET