Imaginaires
Là était un grand champ, planté de cerisiers
J’aimais bien m’y rouler à la fin du printemps
Dans ces tapis de fleurs dont il était jonché 
Respirant à plein nez leur parfum enivrant,
Pour le petit garçon mais presque adolescent
Ça parlait du Japon et des mythes d’Orient
J’étais Marco Polo prisonnier du grand Khan
J’étais un samouraï, au grand sabre brillant.
Je courais dans les dunes sur le sable brûlant 
Qui me fouettait la peau quand fort soufflait le vent
Je mettais un mouchoir pour me couvrir la bouche
Je sentais les piqûres malgré mon air farouche,
Pour le rêveur bien jeune et même impénitent 
Ça parlait de désert, de folles méharées 
J’étais le grand Lawrence, le fabuleux guerrier
Ou le bon Théodore dans ses voyages lents.
Je grimpais dans les arbres, et de plus en plus haut
J’allais de branches en branches m’égratignant la peau
Je regardais le monde bien petit de là-haut 
J’avais bien le vertige en suant sang et eau.
Pour le gamin timide, imprégné de lectures
Ça me parlait de jungles, de Tarzan, d’aventures
De ce territoire, le roi incontesté 
Et mon cri résonnait pour le revendiquer.
De la moindre avancée je faisais une grotte
Quand le moindre rocher me semblait un abri
Parfois j’y construisais juste avec quelques branches
Un semblant de cabane, avant qu’elle ne flanche
Pour le jeune ébloui de nature et de livres
Ça parlait préhistoire, et de guerre du feu
J’étais un homme hirsute, de poils et de cheveux
Se protégeant au mieux, des ours et des tigres.
J’ai passé mon enfance en plusieurs dimensions
Plaquant sur toutes choses, mon imagination
Ça donne à cette époque, une étrange impression
De l’avoir traversée, comme un rêve en somme.
Pierre-Jean BOUTET
cambredaze.canalblog.com