Marécages 
La contrée est trempée, remplie de marécages 
Il y pleut si souvent, qu’ordinaire est l’orage
On respire de l’eau, plus encore que de l’air
Le pied dès que posé, s’enfonce dans la terre.
On dort comme l’on peut dans des draps si humides
Que la sueur n’y laisse que des traces furtives
Les feux un peu partout, exhalent une vapeur
Qui va se condenser, pour retomber en pleurs.
On se bat chaque jour contre mille et un miasmes
Et la végétation, son cruel enthousiasme
Pour une pièce au sec, on vendrait bien son âme 
Mais dans ce pays là, ça n’est qu’un beau fantasme.
Les contes et légendes y parlent de ciel bleu
De soleil éclatant, de maisons bien au sec
Histoires merveilleuses, pour les jeunes blancs-becs 
Qui croient aux sornettes, d’endroits où il ne pleut !
Pour de très grandes fêtes, il arrive parfois
Que sous de grandes tentes, certains alors y croient
Des jours entiers passés, à sécher toutes choses
Pour des heures de rêve, dans une enceinte close.
Mais le reste des jours se passera au mieux
Dans des lieux imprégnés, quand ils ne sont spongieux
De la présence épaisse d’une atmosphère lourde
De vapeurs et fumées, vois, partout elles sourdent.
Lors pour se saluer, ce n’est poignée de main
Juste un geste esquissé, en croisant les chemins
Il n’est point d’embrassade, entre deux peaux mouillées 
Des choses réservées, à des lieux plus douillets.
N’allez pourtant pas croire que la vie y est triste
On voit de ci, de là, œuvrer beaucoup d’artistes
La vie s’est adaptée au milieu aquatique
Les gens bien sûr y rêvent, de choses exotiques.
Pierre-Jean BOUTET