Désert 
Dans les replis bleutés sur les dunes au désert 
Lorsque s'y prend la lune dans les langues de sable
Se cachent des secrets, se cachent des mystères 
De tout ce qui est enfoui de choses inavouables.
Recouvert de silence, d'une chape immuable
Que des vents capricieux agitent tous les soirs
Le désert est constance et pourtant bien capable
De vous perdre malgré vos cartes dérisoires.
Le temps semble y passer sans que rien n'y change
Ah la belle illusion de ce monde étrange 
Rien ne bouge autant que tous ces grains légers 
Déplacés sans arrêt par des souffles emportés.
Dans les ombres portées de ses crêtes instables
Il existe une vie qui s'y montre capable
De survivre, miracle, aux dures conditions
D'un milieu dont on croit qu'il en fait exclusion.
Dans ce monde étranger où la voûte étoilée 
Semble bien plus immense que partout elle n'est
Où les dunes et les roches présences minérales 
Y forment un décor incommensurable
L'homme peut y sentir une profonde angoisse
Ou bien atteindre enfin une libération
Selon qu'il est plus apte à la méditation
Qu'à porter avec lui toute une vie qui poisse.
Confronté plus qu'ailleurs à ce qui le dépasse 
Prenant fort la mesure de l'insignifiance
Il entre en communion avec toutes choses
Il n'est qu'une pensée dont l'univers dispose.
Pierre-Jean BOUTET