Mille feuilles
Tu viens de voir le jour, ta vie est aussi mince
Que feuille de papier qu'entre deux doigts je pince
Tant de nouvelles couches vont s'y accumuler
Pour vite un mille feuilles bientôt constituer.
Nous sommes comme tours faits de plusieurs étages
Ou comme de gros livres épaissis de leurs pages
Le présent au sommet il n'en est que la croûte 
Qui retient comme il peut nos regrets et nos doutes.
Ma mémoire agit comme un vieil ascenseur
Qui s'arrête ici et bien souvent ailleurs
Elle est ce marque page qui peut ouvrir le livre
Pour aller libérer souvenirs qu'il délivre.
Il sera dans ta tour des niveaux condamnés 
Ceux que pour rien au monde tu ne veux visiter
Il est bien dans ton livre des chapitres interdits
Où tu peux oublier tous les instants maudits.
Ta vie s'élèvera un jour vers les sommets
Puisses-tu la bâtir sans jamais condamner
Quelques uns des étages où tu auras enfermé 
Les choses inavouables qui y sont conservées.
Le livre s'écrira d'une encre indélébile 
Puisses-tu le garder exempt de toute tâche 
De ces actes mauvais que trop souvent on cache 
Dans des pages collées qui jamais se détachent.
Quand au soir de ta vie tu la contempleras
Que chacun des niveaux tu examineras
Puisses-tu être fier de ce qui s'est construit
Sans jamais, non jamais, avoir nui à autrui.
Quand tu refermeras le livre de ta vie
Et que tu reliras ce qui y est écrit 
Puisses-tu être au clair dans ce que laissera
Sans jamais, non jamais, rougir de ce qu'est là.
Pierre-Jean BOUTET