Solitude
À en devenir fou, enfermé en soi même 
N'avoir de tête à tête qu'à les imaginer
À en devenir fou, ne plus dire je t'aime
Qu'il n'y ait plus que moi, quand nous, nous fascinait.
Une vie solitaire, comme fut Robinson
Une vie qu'on enterre, comme on met en prison
Quand on n'a de miroir, que celui d'un plan d'eau
Quand on n'a plus à boire, tous les mots qu'il nous faut.
On peut bien s'inventer pour combler tout ce vide
L'ami imaginaire dont le coeur est avide
On peut bien appeler pour pallier tout ce manque
Un pauvre épouvantail en guise de saltimbanque,
On va tourner en rond à parler à son ombre
Inventant les réponses pour que raison ne sombre
Il faut rire ou pleurer pour ne pas s'emmurer
Dans ce silence affreux qui va nous torturer.
Pris dans ses souvenirs, pour fuir la solitude
La tenir à distance et même l'ignorer
Garder fort tout en soi la belle certitude
Que bientôt on aura quelqu'un d'autre à aimer.
Pierre-Jean BOUTET