Humus
Sur la souche qui reste de l'arbre renversé 
Dans l'humus tout contre elle qui s'est accumulé 
A surgi une touffe aux chapeaux colorés 
À la couleur flambante de champignons dorés.
Comme si la palette d'un peintre un peu distrait
Avait laissé couler un tube renversé 
Dans les verts et marrons aux teintes un peu fanées 
On voit cette lumière qui semble irradier.
Dans le sous bois obscur où fusent des rayons
Qui tracent des chemins de fines poussières 
Dans l'humidité qui imprègne jusqu'aux pierres
À petits pas prudents, tranquilles cheminons.
La pluie vient de cesser mais coulent au long des feuilles
Des perles translucides qu'ici ou là on cueille
Petites gouttes froides qui laissent sur la peau
Comme de fines traces en de jolis halos.
Du bout de nos bâtons quand on remue l'humus
Remontent à nos nez des odeurs de moisi
Ou bien de champignons c'est un peu mieux choisi
Espérant ces chapeaux tout couverts de mucus.
Par moment on entend pousser des cris de joie
Quand la cueillette est bonne, que la surprise est là 
Tous sont très attentifs et la tête baissée 
Voulant bien s'assurer, surtout ne rien manquer.
Sur la souche abîmée une touffe s'étale 
De champignons dorés hélas non comestibles
Ceux là jamais se cachent voulant servir de cible
Afin de se répandre par tentation fatale.
Pierre-Jean BOUTET