Une fleur
Sous le coin d'un vieux mur, au fond d'une cour triste
Tout au cœur de la ville, de ses fumées, ses miasmes
Parmi tout le bitume et l'entrelacs des pistes
Une rose a poussé comme un joli fantasme.
Une graine a germé défiant tout ce dur
Une tige gracile opposée à ces murs 
Une fleur au sommet a pu s'épanouir 
Mon dieu qu'elle était belle à s'en évanouir !
Mais ce petit miracle personne ne l'a vu
Hormis une gamine habituée des rues
Qui dans cette cour triste avait son domicile,
Entre de vieux cartons, elle battait des cils,
En voyant cette fleur, en ce lieu, incongrue
Admirant des couleurs qu'elle n'avait jamais vues
Comme un cadeau offert pour ses yeux seulement
Apportant de la joie, ce jour, à cet enfant.
L'enfant l'a bien compris qui lors l'a protégée 
Du soleil, des fumées et de tous les dangers
Elle l'a arrosée bien souvent de ses larmes
Tant la beauté des fleurs quelquefois nous désarme.
Dialogue singulier d'une enfant, d'une fleur
Où la peau de l'une a pris belles couleurs
Où pétales de l'autre ont offert leurs faveurs
Petit fanal brillant au milieu des laideurs.
Sous le coin d'un vieux mur, au fond d'une cour triste
Une enfant a souri comme on salue l'artiste
Une lumière luit désormais dans ses yeux
Depuis qu'elle connaît le sens du merveilleux.
Pierre-Jean BOUTET