Le mot FIN
Parfois on la côtoie en retenant son souffle 
Parfois elle vous frôle au point qu'on sent son souffle
De ces moments précis toujours on en retient
Que ce n'était pas l'heure où elle vous dira : viens !
L'essentiel de sa vie on passe à l'ignorer
On sait bien qu'elle existe, on y est étranger 
Pourtant autour de nous on voit tomber les gens
On assiste curieux à leur enterrement.
Même on la provoque, on la nargue, on s'expose
Recherchant le frisson pour que son coeur explose
Certains ont ce besoin de se sentir vivant
Ils n'y parviennent bien qu'en de près la frôlant.
D'autres la mettent en scène, la chante ou la joue
Apprivoisant leur peur en se moquant de tout
D'aucun pour rien au monde ne la mentionneraient
Craignant par ces seuls mots de trop tôt l'attirer.
On a pris rendez-vous, tous avec cette dame 
On ne connaît ni l'heure, ni le jour du grand calme
On ne sait même où, sinon qu'elle y sera
Et que cette rencontre elle honorera.
Ce que tous on redoute, ce n'est d'être emporté 
C'est plutôt tout ce qui pourrait la précéder 
Douleurs insoutenables, agonie prolongée 
De s'en aller tout seul sans présence aimée.
Certains en ont si peur qu'ils préfèrent choisir
La façon dont ils meurent plutôt que la subir
Ils devancent l'appel lorsqu'ils n'en peuvent plus
De vivre ou de mourir, le mot fin est leur but.
Pierre-Jean BOUTET