Mes amis les mots
Pourrait-il arriver que soudain ils me manquent
Que je ne trouve plus celui là qu'il me faut
Serait-il donc possible qu'un seul jour par défaut 
Je n'en puisse sortir même un seul de la banque ?
Faites Dieu que jamais je ne me trouve à court
Ce n'est que lorsqu'ils coulent que je me sens vivant
Ce n'est que quand ils parlent que je me sens présent 
Sans eux ne trouve goût à la fuite des jours.
Ils sont comme une pâte que je peux modeler
Ou comme une musique que je veux fredonner
Comme aussi la palette avec quoi dessiner
Sans oublier le sens qu'ils peuvent me donner.
C'est un jeu si subtil lorsque je les assemble
Ils ont une vie propre et ils mènent la danse
Ils forment sous mes yeux des histoires nouvelles
Lorsqu'ils sont plus gais, d'aimables ritournelles.
Ils répondent présents jusqu'ici à l'appel
Dès que mes doigts se meuvent ils grimpent à cette échelle 
Ils sont comme aimantés par cette page blanche
Sur laquelle en noir ils aiment que ça tranche.
Si un jour par malheur ils venaient à faillir
Conjuguant leur vacance à mes propres absences
Je ne serai plus moi, en aurai-je conscience ?
Mais ce vide alors serait comme mourir.
Pierre-Jean BOUTET