L'inquiétude 
Je marchais sur la route en rentrant chez moi
Revenant de l'école tout en pensant à quoi
À cet échec cuisant pour la première fois
À la mauvaise note que j'ai eu cette fois
Le monde s'écroulait je perdais l'innocence
L'inquiétude naissait, où était ma confiance ?
Alors adolescent lorsque j'eus à choisir
Que faire à présent de mon bel avenir
Quel métier exercer, quelles études suivre
J'ai regretté alors d'avoir cela à vivre
Le monde se compliquait, était finie la chance
L'inquiétude croissait, où était mon enfance ?
Lorsque je m'engageais dans la vie et ses pièges 
Que je dus affronter ses devoirs et ses charges
Celles d'un citoyen, d'un travailleur, d'un père 
Je dus lors me construire tant de nouveaux repères.
Le monde s'embrouillait, dans ce pays de France
L'inquiétude gagnait, pourquoi tant de souffrances ?
Lorsque je pus enfin mettre les choses en place
Balayer mes vieux rêves pour ce réel qui glace
J'ai repris le dessus pour construire ma vie
Et adapter au mieux ce qu'étaient mes envies.
Le monde révélé dans sa froide innocence
L'inquiétude toujours de l'homme, triste engeance.
Enfin devenu vieux sans plus trop d'illusions
Que de mettre à l'abri les gens de ma maison
J'ai compris qu'après tout moi je n'étais qu'un pion
Le jouet du hasard, qu'il n'y avait de champion.
Le monde m'est apparu dans toute sa beauté 
L'inquiétude enfouie, je l'avais accepté.
Pierre-Jean BOUTET