Le bruit
Plus que les tremblements, ce sont les grondements
Qui les ont réveillés dans leurs appartements
Un bruit qui les remue et qui les terrorise
Plus que n'a jamais fait n'importe quelle crise.
Ce fut pour tous on dit une bien longue nuit
Dans cette obscurité seule une lampe luit
Flamme vacillante d'un petit bec de gaz 
C'est contre l'angoisse, là leur seule base.
La terre a tremblé ils se sont réfugiés 
Dans la vieille cave où ils restent bloqués 
Espérant des secours, sentant les secousses
Attendant que quelqu'un vienne à leur rescousse.
Les enfants sont blottis tout contre leurs mères 
Les hommes attentifs à tous bruits de la terre
Bientôt ils manquent d'eau, l'air lui se fait rare
De ces ressources là, la cave est avare.
Chacun pense à sa fin, en ignorant sa faim
Mais garde au coeur l'espoir de sortir du trou noir
Ils ont peur pour eux mêmes et pour leur prochain
Ils ne savent plus bien si c'est matin ou soir.
Combien d'heures ou de jours se sont ils écoulés 
Depuis que autour d'eux tout semble écroulé 
Quand soudain assourdis ce sont des coups de pioche
Qui parviennent enfin et traversent la roche.
Alors ils font du bruit autant que tous le peuvent
Dire nous sommes en vie, en voilà la preuve
Quand la clarté du jour entre dans la cave
Ce sont des cris de joie et des figures haves.
La fin d'un cauchemar mais le début d'un autre
Tout est à reconstruire du village détruit 
C'est la fin d'une histoire et le début d'une autre
Mais dans tous les esprits il restera ce bruit.
Pierre-Jean BOUTET