Ces chers disparus
Je n'ose réveiller tous mes chers disparus
Tous ceux qui avant moi ont si longtemps vécu 
J'ai trop peur d'affronter à nouveau ce chagrin
Qui à leur seule pensée déjà mon coeur étreint.
J'admire ces poètes qui eux les ressuscitent
Avec tant de bonheur qu'on les voit bien revivre
Leurs gestes familiers et même leurs odeurs
Leur tendresse versée du trop plein de leurs coeurs.
Ils revoient des images des scènes d'autrefois
De ces temps où famille faisait encore loi
Pour moi mes souvenirs ce sont des émotions
Des instants fugitifs comme des vibrations.
Ce sont plutôt des voix, des sourires, des mains
Ceux qui m'ont imprégné lorsque j'étais gamin
Ce sont plus leur présence que j'ai gardée en moi
Plus que leur corps de chair, qui faisaient mes émois.
La mémoire est ainsi qu'elle nous restitue
Ce qu'elle a conservé comme des substituts 
De ceux qui sont partis et nous ont tant donné 
Quelle que soit cette trace, elle nous a marqué.
La photo n'est pour moi que ce support fragile
Qui s'en va creuser loin vers ces zones labiles
Enfouies et préservées de l'usure du temps 
Pour nous y ramener à nos jeunes printemps.
Alors je me blottis tout contre cette mère 
Alors je me sens sûr à côté de mon père 
Je ris bien volontiers avec mon grand père 
Je savoure les plats de ma chère grand mère 
Mais à le convoquer pourtant ce cher passé 
J'éprouve des regrets à la triste pensée 
De ce qu'indifférent il m'a bien enlevé
Cette douce confiance dont depuis j'ai rêvée.
Pierre-Jean BOUTET
cambredaze.canalblog.com