Le monde était vierge...
 
Il est dit qu'il y a de cela fort longtemps
Le monde était vierge de tout acte méchant
Il pouvait bien sûr être souvent violent
Mais ce n'était le fait d'un esprit malfaisant.
 
Il était bien peuplé d'êtres terrifiants
Dotés comme on le sait de griffes et de dents
C'étaient des prédateurs qui vivaient en tuant
Nécessité fait loi, survivre en mangeant.
 
Puis advint une espèce d'apparence fragile
Qui par intelligence se montra fort habile
À inventer des pièges pour chasser tout gibier
Même plus puissant qu'elle, mais bien mal outillé.
 
Lors on vit apparaitre bien d'autres sentiments
Bien d'autres qualités toutes en subtilité
Des choses admirables, l'amour ou l'amitié
Le goût de la musique, celui de la beauté
 
Mais aussi un versant qu'on découvrit plus sombre
Avec des sentiments qui se cachent dans l'ombre
Animés de l'envie ou de la cruauté
De la jalousie et de la cupidité
 
L'envie de posséder aussi de dominer
La pulsion de détruire ou de faire souffrir
Dont l'esprit trop souvent peu en être miné
Conduire à la guerre ou pousser à mourir.
 
Tout cela fit du monde un lieu éprouvant
Plus chargé de menaces qu'il en était avant
Ou l'homme de lui même fit son grand ennemi
Plus grand que les dangers qui planent autour de lui.
 
Quel étranges pouvoirs que les pouvoirs de l'homme
Qui a entre ses mains un potentiel inouï
Il pourrait de la terre faire un paradis
Il semble avoir choisi tous ses malheurs en somme.
 
Pierre-Jean BOUTET