Vus et entendus
 
Je les entends chanter tous ces mots prisonniers
Qui font la sarabande tout au creux de ma tête
Ce qu’ils veulent je sais c’est faire la conquête
De cette page blanche qu’ils voudraient habiller
 
Ne peuvent supporter tout cet espace vierge
Inutile autant que peuvent être cierges
Qui dorment allongés dans des cryptes immobiles
Qui ne sont allumés, qui n’ont aucun mobile.
 
J’entends comme ils protestent et veulent s’échapper
Jaillir depuis mes doigts avec comme projet
De traiter à leur gré de leurs plus chers sujets
Je les connais trop bien, ne sauraient me tromper.
 
Alors je les libère quand ne puis les dompter
Je vois comme ils s’affairent, s’agitent sans compter
Voyez-les ces coquins qui savent s’accorder
Et m’arracher des tripes mes plus profonds secrets.
 
Je les sens fort grouiller tous ces mots impatients
De vivre à l’air libre pour distraire les gens
Ce serait trop cruel de ne les libérer
Tant pis s’ils ne vous plaisent, si vous les décriez.
 
Car ils se moquent bien des critiques et des blâmes
Ils veulent exister même s’ils créent des drames
Les mots n’ont de pouvoir que s’ils sont dits ou lus
Les mots ont cet espoir d’être vus, entendus.
 
Pierre-Jean BOUTET
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