Jamais je ne me lasse
M'en lasserai-je un jour ou sera-ce elle
Qui ne me portera plus à tire-d'aile
Quand nous fimes rencontre, j'étais déjà âgé
Très loin de l'innocence de mes jeunes années.
Quand je l'ai embrassée, était-ce impudence
Je n'avais deviné toute son exigence
Elle s'est emparée avec quelque impatience
De ma vie jusqu'ici si pleine de prudence.
Dans ce compagnonnage qui depuis fort nous lie
Je sais ce que j'y trouve mais elle, elle ne le dit
Tout ce qu'elle me donne j'en connais bien le prix
Mais ce qu'elle en retire, je n'en sais rien, c'est pis.
Si un jour elle déserte, je n'ose y penser
Mon esprit en jachère en serait fort troublé 
S'il n'est ensemencé tous les jours par ses graines
Il sera désolé plus que n'est morne plaine.
Car s'il est une chose qui toujours me rassure
C'est de voir sous mes doigts jaillir par l'écriture 
Tous ces mots convoqués, c'est bien dans leur nature
De se faire entendre, j'aime cette aventure.
Si elle, elle se lasse moi point ne le ferai
Chaque jour à l'attendre je serai à prier
Pour que coule ces vers et que naissent ces mots
Je n'existe à vrai dire que dans ces doux propos.
Pierre-Jean BOUTET