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L'envol
Je vais vous raconter la très étrange histoire
De ce petit garçon qui recherchait la gloire
Il est né il y a longtemps au fond d'une campagne
Loin des villes, sa vallée entourée de montagnes,
Il était le dernier après quatre garçons
Mais semblait auprès d'eux comme un avorton
Il souffrait tous les jours de cette condition
Car bien trop se moquait de sa constitution.
Ses frères étaient heureux de la vie qu'ils menaient
Lors ils se levaient tôt, à la nuit se couchaient
Tous le jour occupés à multiples travaux 
Ils n'avaient point de temps d'écouter leur cerveau.
Mais lui le tout petit, malingre, inutile
Son imagination en était plus fertile
Il voulait s'évader et découvrir le monde
Échapper à l'ennui, se soustraire à la honte.
Il trouva un vieux livre tout au fond du grenier
Dans une grande malle qui l'avait préservé
Il en tourna les pages à s'en crever les yeux
Tout ce qu'il y voyait lui semblait merveilleux.
Il ne savait pas lire mais c'étaient des images
Qui s'alignaient ainsi sur de multiples pages
Racontant l'aventure d'un grand explorateur
Voyageant dans les airs en ballon à moteur.
Il se mit à rêver à faire cette poche
Pour s'envoler très loin de sa vie bien trop moche
Mais il ne voyait pas comment un tel engin
Il pourrait bien le faire sans aucun moyen.
De longs jours s'écoulèrent à méditer ainsi
À regarder en vain les choses autour de lui
Il aperçut un jour des draps flottant au vent
Il lui vint une idée, peut être en les cousant ?
En attachant des fils aux quatre coins alors
Pour bien s'y arrimer et en allant dehors
Peut être un grand souffle m'emportera très haut
Je serai le plus grand quand je serai là-haut !
Un jour donc que sa mère était allée au champs
Il s'empara des draps vite en se cachant
Il fabriqua la voile, il avait préparé 
Avant ce qu'il fallait pour bien y arriver.
Une fois harnaché c'était jour de bourrasques
Il alla équipé ainsi sur la terrasse
Il étendit les bras et le tissu délace 
Le vent l'a enlevé c'est sa dernière frasque.
Personne ne l'a vu s'envoler dans les airs
Mais lui a eu le temps d'en haut de voir ses frères 
Courbés montrant leur dos travaillant dans les champs
A vu aussi sa mère revenir se pressant,
Puis la vallée entière, puis les montagnes autour
Puis une vie nouvelle il n'y a pas de retour
Il a trouvé la ville où il s'est installé 
Fabrique de parachutes il a ainsi créée.
Au pays dont il vient, il reste un grand mystère 
Quand il a disparu soudain de cette terre
On l'a cru enlevé par quelque esprit malin
Il a laissé derrière lui un vrai chagrin.
Où donc est le bonheur, qui oserait le dire
Quand au fond de nos cœurs on essaie de le vivre
Il est une réponse différente pour chacun
À moins qu'il n'existe pour lui ni pour aucun.
Pierre-Jean BOUTET
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