bergers

Victor et Delphine

C'est une étrange affaire que je vais vous conter
Elle commence près Marseille en pays aubagnais
Celui que par Pagnol tout le monde connaît
Et dont les beaux santons vont dans le monde entier.

C'est il y a bien deux siècles presque l'antiquité
Quand on ne connaissait les acquis du progrès
Les gens allaient à pied ou allaient à dos d'âne
Du moins c'était le cas de beaucoup à Aubagne.

En ce temps-là souvent ceux qui gardaient les bêtes
Étaient jeunes enfants qui n'allaient à l'école
C'est celle de la vie qui nourrissait leurs têtes
Leurs rares distractions étaient toutes agricoles.

Deux troupeaux de moutons se côtoyaient ainsi
Sur les pentes escarpées du Garlaban d'ici
Un garçon, une fille, étaient à surveiller
A longueur de journée les bêtes qui broutaient.

Victor et Delphine qui s'ennuyaient fermes
Se rapprochaient un peu pour être en bons termes
Gardant l'œil aux aguets, ils pouvaient échanger
Tous les potins ouïs le soir à la veillée.

Victor un jour lui dit j'ai trouvé une grotte
Elle n’est pas loin d'ici, deux minutes de trotte
Je te l'emmène voir, les moutons sont calmes
Nous seront revenus avant qu'ils s'alarment.

Voilà les pastoureaux partis en goguette
Qui courent vers la grotte, objet de cette quête
Delphine dit alors cette grotte est bien noire
Il faut faire du feu pour pouvoir mieux y voir.

Victor est dégourdi, il sort des allumettes
Les voilà qui s'avancent au fond de la cachette
Après quelques détours, ils trouvent une pièce
Au milieu un autel, sur l'autel une déesse !

Une statue si belle qu'ils tombent à genoux
Comme elle les regarde, ils bougent plus du tout
Au bout d'un grand moment de silence et de paix
Ils lèvent alors les yeux et en sont stupéfaits.

La statue opulente leur sourit doucement
Elle tient dans ses doigts un petit olifant
Ils entendent dans leur tête une petite voix
Qui leur dit mes enfants, voyons écoutez-moi.

Ne révélez jamais ma présence en ces lieux
C'est là votre secret qu'il le reste c'est mieux
Allez donc à l'école vous instruire et grandir
Ce n'est pas vos moutons qui peuvent y suffire.

Dites à vos parents de vous mettre à l'école
Ne vous inquiétez-pas les moutons batifolent
Ils ne s'en vont jamais loin de leurs près connus
Ils n'ont pas ce besoin d'être tout le temps vus.

Des étoiles dans les yeux, une chanson au cœur
Voilà les deux petiots, retour en leur demeure
Les parents ébahis entendent leur requête
De mémoire d'aïeux, quelle est cette recette ?

Alors c'est vrai miracle les voilà qui sourient
Comme s'ils avaient alors soudain tout compris
Nos enfants vont être bien plus savants que nous
La famille entière vivra plus à genoux.

Victor et Delphine furent bons étudiants
Ils grandirent et devinrent de très bons artisans
Ils ne parlèrent plus de cette rencontre
Mais gardèrent au cœur la voie qu'elle leur montre.

La nature est belle il faut la respecter
Mais pour bien la comprendre faut aussi étudier
Être des partenaires intelligents et francs
Sans jamais oublier que sommes ses enfants.

Pierre-Jean BOUTET
cambredaze.canalblog.com