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Usine

Parce que je suis curieux, j’ai fait ces derniers jours
Une incursion fugace dans un lieu sans amour
C’est une vaste salle plus proche du hangar
Que de la salle intime d’un restaurant, d’un bar

Une foule se presse autour d’un grand buffet
De plusieurs mètres de long plein de choses à bouffer
Des cuisines du monde il y a à profusion
Surtout de la chinoise je dois cette précision.

On mange à volonté pendant des heures entières
Tandis qu’on vous enlève très vite votre assiette
Pour remplir à nouveau son estomac du reste
Du hors d’œuvre au dessert, de toutes les manières.

Mais cela est sans âme et de plus fort bruyant
Cela certes est mangeable mais c’est sans illusion
Il n’y a pas d’ambiance ou de conversation
Pas non plus de talent dans ce que nous mangeons.

C’est une usine à bouffe, pas chère mais variée
Certes la nourriture est fraîche et elle est exposée
Elle n’a plus de mystère tant elle est dévoilée
Et sans sa mise en scène, elle est moins désirée.

Pour des adolescents qui ne sont exigeants
Si souvent affamés et bien toujours pressés
C’est une solution sans doute adaptée
Mais bien curieusement ils ne sont pas présents !

Mais quelle parabole de la consommation
Dans une société de la satisfaction
Vite administrée et vite absorbée
Où est la poésie alors du bien manger ?

Usine à cochons, usine à gloutons
Usine à pognon, usine sans chansons
Combien de temps encore alors ils survivront
Nos petits restaurants français où il fait bon

Nos chers estaminets tenus par des artistes
Qui ont gardé fierté de mitonner leurs mets
Servis avec amour dans de belles assiettes
Dégustées lentement, savamment discutées ?

Pierre-Jean BOUTET
cambredaze.canalblog.com