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Cornues et parchemins
Dans le halo doré tombé du candélabre
Le calme qui se fait aux alentours de l'âtre 
Les pages du parchemin ouvert dessus la table
Frémissent à la chaleur de leurs souffles instables.
Voyez ce crâne chauve courbé sur ces écrits
Sa peau à la couleur de ce très vieux grimoire
Ses doigts y sont posés comme s'ils étaient épris
De toutes les formules dont il garde mémoire.
Voyez ces alambics et ces curieux flacons
Voyez ces minéraux, ces drôles de cocons 
Ces liquides ambrés reposant dans ces fioles
Et tous ces livres épais dont les couleurs s'étiolent.
Les yeux de ce bonhomme ont un éclat étrange
Ils luisent comme l'or d'une lueur orange
On y devine au fond quelque chose qui dérange
Une once de folie qui l'anime et le mange.
Il marmonne des sons qui pourraient à l'oreille
Sembler incantations, il n'en est de pareilles
On y peut distinguer comme il psalmodie
Des mots comme aureus dans ce salmigondis.
Puis il bondit soudain en renversant son siège
Comme mu par des forces et animé de fièvre
Il verse quelques ingrédients dans ses cornues de verre
Et allume des feux dans des coupelles en terre.
Il observe tendu, le regard sur ces choses
Comme s'il espérait quelque métamorphose
Il semble bien alors en dépit de ses ans
Tout aussi impatient que peut l'être un enfant.
Mais hélas il retombe sur un fauteuil moisi
Les épaules voûtées, le visage flétri
C'est un échec de plus au nombre des essais
Qu'il entreprend depuis maintenant tant d'années.
Pourtant sans se lasser il recommencera
Il est comme un grand chien qui a senti la piste
Il sait qu'il est meilleur que tout autre chimiste
Car lui sa vocation c'est d'être alchimiste.
Pierre BOUTET
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