image

La beauté du diable
 
Je n’ai point d’alibi, en tout je suis coupable
Je dois bien reconnaître que mon cas est pendable
Je n’ai jamais été, aucun instant capable
D’être à la hauteur d’une femme admirable.
 
J’ai fui très pitoyable devant la lourde tâche
Qui aurait consisté à me montrer moins lâche
A investir un peu dans la belle aventure
Au lieu d’y faire ainsi, si vite des ratures.
 
J’avais bien trop conscience de ne pas mériter
D’être le compagnon d’une femme admirée
Je paraissais si fade devant ses qualités
Je crois que mon ego n’a su le supporter.
 
Pourtant elle me disait n’en doute donc jamais
Tu es bien celui que de tous temps j’attendais
De cette compagnie je ne puis me passer
De tes bras accueillants je ne puis me lasser.
 
J’avais trop conscience de nos différences
Elle, femme adulée pour ses dons si variés
Moi, mâle doté de quelques beaux attraits
Mais combien dépourvu de talents ou de science.
 
Pour que le couple dure il faut se respecter
Admirer certes l’autre, un peu aussi s’aimer
On peut être bien sûr, aussi très différents
Mais être à des niveaux, pourtant bien ressemblants.
 
Alors je l’ai quittée sans une explication
J’aurais été en peine de lui fournir raison
Mais j’étais mal à l’aise dans cette relation
Où de son seul côté était l’admiration.
 
Je n’ai pas d’alibi et je plaide coupable
Mais de continuer je n’étais pas capable
De me persuader que j’étais admirable
Pour la seule raison qu’est la beauté du diable.
 
Pierre Boutet