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L’étranger
 
Il est venu humble et timide, vers ses semblables il s’est tourné
Il n’avait pas belle apparence, quelques paroles il bafouillait
Il arrivait d’on ne sait où, les pieds nus, les cheveux en bataille
Il attendait juste un peu d’eau, un bout de pain, un coin de paille.
 
Les villageois l’ont regardé, se sont moqués, l’ont rejeté
Il s’est assis, il est resté, là immobile, à psalmodier
Pendant des jours l’ont regardé, étonnés de le voir tenir
L’homme était là, très impassible, pour on ne sait quel avenir.
 
Une femme prise de pitié, lui a apporté, un peu d’eau fraîche, un quignon
Sans rien dire, il a hoché sa tête sans même poser de question
Il a levé une main maigre et sur son bras il l’a posée
La femme qui boitait très bas, tout à coup s’est bien redressée.
 
Un homme triste a suivi, s’est approché de l’homme sans toit
Il lui a dit j’ai un abri, dans ma cabane il est pour toi
Il s’est levé d’un pas tranquille et s’est rendu dans la masure
Il a souri et dit merci, et l’homme s’est senti revivre.
 
Les jours suivants tout le village s’est empressé vers l’étranger 
Qui pour apporter des habits, qui pour proposer à manger
A chacun d’eux il a souri et chacun d’eux s’est senti mieux
Sa réputation dès lors grandit, il fut connu à bien des lieux.
 
On ne sut jamais qui était cet homme ni même d’où il venait
D’où il tenait ces pouvoirs étranges, ni pourquoi il les dispensait
Un jour pourtant il disparu et on ne l’a jamais revu
Malgré les prières et les espoirs, il n’est plus jamais revenu.
 
Mais désormais dans ce village quand il s’en vient un étranger
Chacun s’empresse pour une offrande en souvenir de ce passé
Tous les pèlerins autour le savent qu’ils sont ici très bien reçus
La tradition au fil du temps resta et plus aucun ne fut déçu.
 
Pierre Boutet