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Épées.
Les bruits sourds du marteau qui sonne sur l'enclume
Les fins grésillement de l'eau que le métal enfume
Le crépitement du feu dans la forge qu'on allume
Le souffle rauque du soufflet, on dirait qu'il s'enrhume.
Le forgeron luisant d'une sueur bien grasse
Jure fort en frappant la lame qui se casse
C'est un art difficile, de père en fils il passe 
De forger des épées en acier de Damas.
Mais ce sont les meilleures au cœur de la bataille
Quand il faut que les fers soient d'estoc ou de taille
Que le fil doit percer même les côtes de maille
Ou passer par l'endroit où elles s'entrebâillent.
Elles coûtent fort chers mais valent bien le prix
Quand elles portent le fer, on n'entend pas un cri
Elles coupent le fil de vies que l'on a prises
Fort proprement ma foi, il n'y a pas méprise.
On les porte au côté, en signe de noblesse
Elles sont d'apparat, mais aussi bien elles blessent
Elles sont à des hommes, dont les yeux ne se baissent
On donne à cause d'eux, trop souvent quelques messes.
Ce sont des œuvres d'art, aux reflets bien funestes
Quand elles sortent du fourreau, personne ne proteste
On s'en va bien plutôt sans demander son reste
On admire l'objet, plus qu'on aime le geste.
Pierre BOUTET
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