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Réveil
 
J’étais pris dans la glace presque pétrifié
L’espoir était enfui, mon cœur était gelé
Mon sang ne battait plus, plus de pouls à mes tempes
Elle ne m’habitait plus l’émotion impatiente.
 
L’amour n’existait plus qu’en concept éthéré
Au fond de quelques pages, dans des romans fanés
Mon esprit vagabond n’explorait plus les rives
De la carte du tendre pour y chasser les grives.
 
Dans cette paix des sens, dans cette mort du cygne
Je ne prêtait plus même, attention à ces signes
Quand la vie quelquefois vous envoie des bouées
Dans cette eau bien sombre, où je m’étais noyé.
 
A la bibliothèque où je faisais mon deuil
Feuilletant bien songeur les pages d’un vieux livre
J’aperçus malgré moi, juste au coin de l’œil,
Un sourire fugace dont je fus bientôt ivre.
 
Ce signe si discret tout de même complice
Ranima malgré moi, sans y trouver malice
Tout au fond de mon cœur, où reposait encore,
Une petite flamme prête à reprendre corps.
 
La terre desséchée but alors sans réserve
Cette source jaillie comme au cœur du désert
Et la vie renaquit, mille fleurs en un jour
Faisant dans tout mon être un tapis de velours.
 
De ce jour je me mis à siffloter un air
De ma jeunesse enfuie, rappelée à l’envers
Et toutes les couleurs furent aussi présentes
Que si tous les printemps revenaient à l’instant.
 
Pierre Boutet
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