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Balançoires

Doucement propulsée par des mains de confiance
Voilà que l’on s’élève, voilà que l’on s’élance
Quand tout le corps balance, que le ciel vient à vous
Puis dans le mouvement, la bascule vous fait lourd.

On va et on revient, toujours autour de l’axe
On crie on se retient, fort aux cordes qui dansent
La tête dans le vent, les pieds tendus devant
On se sent si présent, c’est bon d’être un enfant.

La jolie balançoire de nos jours de poulbots
Quand tous deux côte à côte, on battait des records
A celui ou à celle qui volerait plus haut
A celui de nous deux qui s’écrierait : encore !

Nos parents se prêtaient à ce jeu innocent
Ils revivaient ainsi leurs joies d’il y a cent ans
Ils veillaient toutefois, on le sentait dans nos reins
A freiner quelquefois, pour que ça se passe bien.

Où sont les balançoires de nos jeux de jadis
Quand parfois dans les squares elles ont disparu
Paraît que la prudence les aurait confondues
Avec des catapultes, dangereuses pour des petits.

On imagine en place des coques en plastique
Nos petits y sont bien, enfermés en pratique
Où est la liberté où on frôle le risque
Plus de ces sensations, plus que ces choses tristes.

A force de prudence, la vie va se ternir
Si aucune expérience n’est à présent permise
Connaître ses limites, sans jamais voir venir
Le frisson de la trouille, la seule chose admise.

Les souvenirs d’enfance perdront de leur piment
Quand nos futurs adultes n’auront plus sentiment
D’avoir connu plus jeunes des émotions troublantes
Dans la sécurité de familles aimantes.

Pierre Boutet​

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