image

Pipin et les carottes

Pipin pointe son nez à l’entrée du terrier
Il fronce les narines, c’est bon, pas de dangers
Ses oreilles dépassent de l’herbe qui l’entoure
Dehors se glisse entier, va vers le potager.

Hier il a repéré des rangées de carottes
C’est bien plus fort que lui, il faut qu’il les grignote
Car Pipin est gourmand comme ceux de son âge
Il n’écoute pas trop les conseils des vieux sages.

Monsieur le jardinier surveille ses carottes
Car il n’aime pas trop que on les lui carotte
Cette nuit il veillait derrière sa fenêtre
Avec son grand fusil et sa vieille tabatière.

Pipin doucement s’approche, il croit bien se cacher
Mais un lapin ça saute, sa queue est panachée
A chaque bond qu’il fait la lune s’y accroche
Voyez la belle cible pour le chasseur si proche.

Pan, pan, détonation soudaine, la terre se soulève
Pipin est projeté très fort sur le côté
A peine se remettait, qu’à nouveau ça pétait
Il comprend tout d’un coup que ce n’est pas un rêve.

A-t-il eu de la chance ou un peu de pitié
Du jardinier furieux, une chance lui a laissé
Pipin se dit quand même, que bien qu’appétissante
La carotte ne vaut pas d’quitter une vie plaisante.

Il comprend les anciens, la leçon a porté
Peut être un peu tard, mais la voilà ancrée
Pipin est devenu l’espace d’une nuit
Un vieux lapin rusé, hier il était petit.

Morale : on ne retient de la vie que sa propre expérience
Cela est bien dommage mais quelle que soit sa science
Il faut que jeunesse se passe, parfois on y trépasse
Alors les survivants, souvent ils s’en agacent.

Pierre Boutet​

Tous droits reserves