Absurdie

Ils sont sagement assis du moins ceux qui le peuvent
Leurs têtes sont penchées sur des écrans divers
Ou leurs yeux sont perdus vers des visions à eux
Les autres sont debout et ils sont innombrables
Serres comme sardines ils paraissent si semblables
Et attendent patients pensant à des ailleurs
La sonnerie d'arrêt qui ouvre la délivrance
Et alors libérés les voilà qui s'elancent
Comme en foules serrées dans les couloirs si longs
Ils se croisent par milliers sans jamais un sourire
Ils sont tous isolés dans leurs propres histoires
Ils semblent tous avoir le diable sur leurs talons.
Ils sont tous si pressés mais où est ce qu'ils vont
Sinon à leurs bureaux comme chaque jour que dieu fait
Mais ils ressentent tous une certaine urgence
Comme si tout soudain leurs vies en dépendaient.
Cela fait si longtemps qu'ils vivent à cette allure
Qu'ils ne demandent plus qu'elle en est la raison
Peuple discipliné dressé à se soumettre
Heureux des quelques heures qu'ils peuvent grappiller
À tous courir ainsi comme après leurs ombres
À gaspiller leurs vies pour ne pas la gagner
Et se précipiter quand parfois ils sont libres
Dans de grands magasins pour tout y dépenser.
Et nous sommes complices de ces vies si absurdes
Quand nous sommes tous pris par la même logique
Depuis tellement longtemps ainsi conditionnés
Que nous aurions trop peur de la bouleverser.
Quand poser la question vous rendra si suspect
Remettre en question c'est courir au rejet.

 

Pierre BOUTET

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